Nichée au cœur de la Haute-Saône, la base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur est un haut lieu de l’aviation militaire française. Depuis 2011, elle abrite l’escadron de chasse 1/2 Cigognes, héritier d’une histoire prestigieuse remontant à la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, ses Mirage 2000-5F assurent la police du ciel et la défense aérienne, tout en préparant l’arrivée des Rafale et le retour de la dissuasion nucléaire. Nous avons eu l’opportunité de passer une journée au sein de ces unités.


Notre découverte de la base commence par la visite des ateliers (ESTA 15.002 Haute-Saône). Chaque atelier regroupe des mécaniciens, des techniciens avioniques et des spécialistes armement, formés pour travailler sur les spécificités des réacteurs M53. Le colonel Emmanuel Roux, commandant la base aérienne de Luxeuil, nous rappelait dans son discours lors des cérémonies des 40 ans du Mirage 2000 que pour maintenir une vingtaine de Mirage 2000-5 en vol, on compte environ 300 mécaniciens pour 20 avions, soit une proportion de 15 mécaniciens par avion. Cette organisation reflète l’importance cruciale de la maintenance pour la sécurité et l’efficacité des missions.




Les ateliers « réacteurs » interviennent pour la base de Luxeuil mais également pour celle de Nancy et sont chargés de la maintenance préventive et corrective des réacteurs Snecma M53 (M53-P2 pour les Mirage 2000D, M53-5 pour les Mirage 2000-5F). Leur mission principale est d’assurer que chaque avion soit prêt à décoller à tout moment, avec un taux de disponibilité optimal. Pour cela, ils réalisent des contrôles réguliers, des réparations, et des révisions complètes des moteurs, en suivant des protocoles stricts définis par l’armée de l’Air et de l’Espace et le constructeur.
Les ateliers interviennent aussi bien en routine qu’en urgence, notamment lors de déploiements extérieurs ou d’exercices majeurs.




Nous quittons l’ESTA pour rejoindre le CDT Antoine « Flush », adjoint aux opérations du 1/2 Cigognes, dont la mission est de planifier l’activité de l’escadron sur une durée plus ou moins longue et de gérer le déploiement de l’unité sur cette activité. Il nous décrit les missions du groupe de chasse :
CDT Antoine : « Le groupe de chasse 1/2 cigogne est un escadron de défense aérienne. Dans ses missions, on peut noter la première, qui n’est pas forcément celle qui vient à l’esprit en premier, c’est la PPD (posture permanente de dissuasion), la Dissuasion Nucléaire Française, puisque le groupe de chasse participe à l’escorte de ce genre de raids s’il devait se produire.
La seconde mission, c’est la PPS, la Posture Permanente de Sécurité, qui est plus connue sous le nom de Permanence Opérationnelle. Là, il s’agit des avions qui sont prêts à décoller 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, 365 jours par an, de manière à défendre, intercepter ou porter assistance dans le ciel français. En résumé, la mission, dans les grandes lignes de cet escadron de chasse, c’est la défense aérienne. C’est le combat aérien pur, qu’il soit à distance ou à vue avec tout type d’aéronefs.«

Nous évoquons ensuite les caractéristiques du Mirage 2000-5F, avions dont est doté le groupe de chasse.
CDT Antoine : « Le Mirage 2000-5 est le dernier avion de l’armée de l’air qui est capable de voler à Mach 2-2. Cette capacité était voulu à l’époque de la guerre froide pour des raisons d’interception d’avions ennemis venant du bloc de l’Est. Aujourd’hui, effectivement, c’est quelque chose qui est un peu moins d’actualité.
C’est la raison pour laquelle le Rafale, en l’occurrence, n’a pas cette capacité bi-sonique. Néanmoins, ce Mirage 2000-5, c’est un avion qui est très intéressant par ses capacités puisque il s’agissait du premier avion de l’armée de l’air qui avait une capacité de radar multiscibles et de tir de missile Fox 3. Le Mirage 2000-5 est armé uniquement de ce type de missiles et de canons, il n’y a pas d’emport d’armement air-sol. Ce n’est pas du tout la mission de l’escadron, on est uniquement sur la mission Air-Air. Il emporte 6 de ces missiles et puis 2 canons de 30 mm qui peuvent lui permettre d’accomplir ses missions. »

Nous ne pouvons être sur cette base sans évoquer les traditions de la prestigieuse escadrille des Cigognes. L’âme de Guynemer et Fonck transpire dans chaque pièce du bâtiment de l’escadron.


Nous suivons ensuite deux pilotes dans la préparation de leur mission, briefing, habilement, prise en compte des avions… la mission du jour : pour un des pilotes, escorter 2 Mirage 2000D de Nancy dans leur mission de bombardement, le second jouera l’ennemi en tentant d’attaquer le chasseur de protection et les 2 Mirage 2000D. Au retour de la mission débriefing du vol entre les deux pilotes et ensuite avec les 2 équipages de Nancy.






Et demain ?
D’ici 2032, la base accueillera deux escadrons de Rafale, portant ses effectifs à près de 2 000 militaires et civils. Un investissement de 1,5 milliard d’euros est prévu pour moderniser les infrastructures et adapter la base aux nouvelles missions, notamment le retour de la dissuasion nucléaire avec des armes hypersoniques. Dès 2026, les premiers travaux commenceront, avec un pic d’activité entre 2029 et 2032. L’activité aérienne cessera temporairement en 2029 pour permettre ces rénovations majeures.
« Nous avons dix ans pour construire la première base de France », a souligné le colonel Emmanuel Roux, commandant de la BA 116. La base deviendra ainsi l’une des trois bases aériennes à vocation nucléaire (BAVN) du pays, aux côtés de Saint-Dizier et Istres.
Cette transformation représente une opportunité économique majeure pour la région, avec la création de centaines d’emplois et de logements. Les entreprises locales sont déjà mobilisées pour participer à ce chantier historique.




Une journée à l’escadron de chasse 1/2 Cigognes, c’est un mélange d’adrenaline, de rigueur et de passion. Entre tradition et innovation, la base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur écrit une nouvelle page de son histoire, prête à relever les défis de demain.
Un grand merci au CDT Antoine et à l’ADC Franck pour l’accompagnement et les échanges lors de cette journée.