PATROUILLE DE FRANCE : L’HUMAIN D’ABORD

Nous avons eu l’opportunité de pouvoir rencontrer le capitaine Léopold lors du meeting d’Albert. C’est un moment rare que nous vous proposons de partager

Athos 2 devant son Alphajet

Propos recueillis par Rémi Beaujouan et Patrick Bertaux.

Peux tu te présenter et quel est ton parcours ?

Je suis le capitaine Léopold, je suis Athos 2 et intérieur droit de la Patrouille de France 2021.

J’ai passé un bac scientifique en 2001.Quand mes parents m’ont demandé ce que je voulais faire plus tard, j’ai répondu naïvement : je veux devenir pilote. Mes parents m’ont conseillé donc de faire une classe préparatoire. J’ai fait un an à l’issue duquel j’ai passé le concours des petites mines (école accessible après une prépa math sup ), celui de l’armée de l’Air et de l’Espace et l’ENAC (École Nationale d’Aviation Civile).

J’ai intégré l’école des mines de Nantes en septembre et en décembre l’armée de l’Air et de l’Espace m’a appelé pour me dire que j’avais réussi le concours EOPN. J’ai donc quitté mon école pour intégrer l’armée de l’Air et de l’Espace en Mars 2003. J’ai ensuite suivi le cursus des écoles (Salon,Cognac,Tours,Cazaux).

Comme tous les pilotes de la Patrouille de France, je suis d’abord un pilote de chasse qui a servi dans les unités opérationnelles de l’armée de l’Air et de l’Espace .

J’ai été affecté sur Mirage 2000N à Luxeuil durant 4 ans et j’ai eu la chance de pouvoir basculer sur Rafale à Saint Dizier de 2011 à 2016. J’ai ensuite fait 3 ans d’état major à Paris et enfin, depuis 2019 je suis à la Patrouille de France.

Combien d’heures de vols as-tu réalisé ?

J’en ai entre 2500 à 2600h.

Que ressent-on quand on est appelé pour se voir annoncer qu’on intègre l’Ecole de l’Air ?

Un peu d’incrédulité, j’ai passé ce concours pour ne pas avoir à me dire à 30 ans “tu es trop bête tu aurais quand même pu essayer”. Le gros avantage de rentrer dans une institution militaire c’est que l’on y rentre pas seul, c’est une promotion. Donc on avance en promo que ce soit en entrant à l’école de l’air ou à la Patrouille de France, on est jamais seul.

Comment apprend on qu’on intègre la PAF, un coup de téléphone ?

C’est un peu ça, oui. On répond a une prospection durant l’été pour recruter les 3 nouveaux pilotes de la paf une fois les filtres RH validés. Ensuite on est auditionné par la Patrouille de France à salon de Provence durant une journée et à la fin de la journée il y a un entretien individuel face aux 9 pilotes de la paf titulaires ,on est une vingtaine de candidats. On ne connaît pas évidemment le résultat tout de suite. Il y a deux sélections distinctes celle de charognard donc futur leader et celle d’équipier,

J’étais en poste à l’époque au FAS (Forces Aériennes Stratégiques). Je savais que le vote avait lieu le mardi. Le mercredi matin le général 4 étoiles qui commande les FAS me convoque dans son bureau pour m’annoncer que j’ai été pris.

La sélection est très bien faite, c’est une sélection très humaine car il n’y a pas de vol test. Le but est de savoir si on va savoir s’imbriquer dans une équipe et que cette équipe vive 365 jours ensemble. Je peux dire aussi que c’est la sélection la plus dure que j’ai jamais faite. Pour le bac on travaille et on y arrive. Pour le concours de d’entrée de l’armée, on travaille sa culture générale et on fait du sport on travaille son anglais. Mais l’humain on ne peut pas le travailler c’est ce qu’on est.

La sélection ne se fait pas sur les 4 dernier mois. C’est sur une carrière, une réputation, des connaissances avec les pilotes rencontrés durant les missions ou les exercices.

C’est le message que j’essaie de transmettre aux jeunes pilotes que je rencontre à Salon : leur carrière commence ici, qu’ils sont acteurs de leur vie et d’avoir la joie d’aller travailler.

L’image du pilote Top Gun ce n’est donc pas vraiment pour la Patrouille de France ?

Tom Cruise j’ai la taille, j’avais la moto, j’essaie de récupérer les lunettes ….mais un bon travailleur un bon copain c’est mieux. C’est important que l’on puisse passer de bons moments ensemble même après une journée de travail fatigante.

Comment est attribuée la place dans la Patrouille de France ?

Dans la patrouille il y a 9 pilotes : 8 titulaires et un remplaçant. Dans les titulaires il y a la colonne : le charognard et le leader et sur les côtés les deux intérieurs et ensuite les extérieurs les solos qui sont tout à l’extérieur de la formation.

Quand on rentre, on est intérieur quand on est équipier ou, charognard quand on va devenir leader. L’année suivante le charognard devient leader et le leader quitte l’équipe. Des deux intérieurs, un des deux va passer extérieur et l’autre solo du côté droit de la patrouille (numéro 6 et 8). Dans le même temps, l’extérieur droit devient extérieur gauche et l’extérieur gauche quitte la patrouille. Le solo numéro 6 devient solo numéro 5 et le numéro 5 devient remplaçant et le remplaçant quitte la patrouille. Le but de tout ça c’est l’équipe travaille au mieux et de la meilleure manière pour pérenniser l’outil Patrouille de France, pour que cela dure dans le temps.

Athos 2 au roulage

C’est une vision dans le temps ?

Exactement, c’est la première chose que nous disent les anciens. Il n y a qu’une seule chose qui compte : c’est la Patrouille de France . Elle est aujourd’hui ce qu’elle est parce qu’il y a 68 ans d’engagement de pilotes, de mécaniciens, d’officiers de communications, de logisticiens etc. pour qu’elle tourne.

L’individualité s’efface au profit du collectif ?

Complètement! Vous ne verrez jamais quelqu’un prendre la parole à une soirée officielle ou à une discussion avec le maire, il n’y a que le leader qui prends la parole. C’est comme ça que ça marche, il n’y a pas mise en avant. On met en avant le maximum de nous-même individuellement pour que collectivement ça avance le plus vite possible

Techniquement qu’est ce qui est le plus dur à réaliser ?

Techniquement le plus dur c’est de tout réapprendre. Quand on arrive à la Patrouille de France on va vous expliquer comment on fait un virage à droite un virage à gauche, pour que le public ait l’impression que c’est un seul avion qui tourne, un avion de 8 appareils.

Pour faire ça c’est quasiment un mois ou deux d’apprentissage, ensuite la verrière doit se fermer de façon homogène ou l’espace entre deux avions doit être identique. Savoir faire abstraction de ce que je savais pour progresser au plus vite pour l’équipe c’est de prendre tout de suite la technique Patrouille de France. L’endurance, au début est très importante, puis la précision devient de plus en plus importante. Il ne faut pas oublier que début novembre il y a 3 nouveaux et le leader est pour la première fois devant. Il faut s’habituer au phrasé du leader. On doit être prêt pour début mai.

Et après la Patrouille de France ?

Au sein de la Patrouille de France, nous vivons ensemble. Pas côte à côte, mais ensemble. Je n’ai pour l’instant connu qu’une seule équipe. A la fin de l’année, 3 nouveaux pilotes vont intégrer l’équipe et 3 vont en partir. Et ce sera la même chose dans deux ans. Il ne restera que 3 pilotes de l’équipe actuelle. Dans ce roulement perpétuel, la seule manière de perdurer, c’est la transmission du savoir.

Lors du dernier vol de la saison, le leader descend de son avion et il accroche le patch n°1 sur la poitrine du charognard et c’est fini, il n’appartient plus à la Patrouille de France. Le lendemain, quand il revient chercher ses affaires, il est en combinaison verte. Mais le plus important c’est que vous volez sur les cocardes de la France, plus que les individualités qui seront oubliées.

Ma passion c’est le vol. Pour moi, le plus beau c’est de percer la couche de nuage et de retrouver le soleil. La Patrouille de France c’est l’apogée de ce que j’ai pu vivre en dessous de 50.000 pieds et terme de vie d’équipe. Si je peux continuer à travailler dans le domaine de l’aéronautique, que ce soit du côté de l’institution ou des industriels, ce sera parfait. Tant qu’on peut vivre de sa passion.

Une question plus personnelle : Si tu devais choisir un seul avion à piloter ?

Sans hésitation, le SR-71 Blackbird ! Quand je suis rentré en2003, mon rêve c’était de voler sur Mirage IV. Il a été retiré en 2006 quand je débutais sur avion à réaction à Tours. le SR 71 me fascine par son allonge, sa grandeur, sa beauté et puis c’est celui qui nous rapproche le plus de l’espace.

Et t’est-il arrivé de passer au-dessus de chez toi ?

J’habitais en région parisienne. Si je l’avais fait, cela aurait une seule fois….

Pour le pilote que tu es, qu’as-tu ressenti en volant au-dessus des Champs Elysées le 14 juillet ?

La première fois, c’était en 2016 sur Rafale. C’était déjà chargé en émotion. La seconde fois, ce fut en 2019 avec la Patrouille de France. Ca été très fort humainement, avec derrière moi une aide-soignante de Bichat, qui est passé en quelques instants du siège 14B d’Air France à la place arrière d’Athos 2. Nous sommes d’ailleurs restés en contact. Et puis le 14 juillet 2021, alors que j’ai déjà branché 1000 ou 2000 fois les fumigènes au cours de l’année… Quand le leader annonce “Top”, alors que je ne vois que le saumon d’aile du leader, et juste des morceaux de paris qui défilent, c’est toujours plus d’émotion. On a le sentiment de représenter la France et d’entendre le “Aaah” de la foule quand on passe au-dessus des Champs Elysées et des troupes au sol.

Hommage à Saint-Exupéry

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui voudrait devenir pilote de chasse ?

D’abord faire ce qu’il aime. Tout le monde peut devenir pilote de chasse. On n’est pas des surhommes, je ne suis pas capable de calculer des intégrales triple en 10 secondes et je ne suis pas une bête en calcul mental.

Il y a 2 critères, l’un qui est injuste et discrimant, c’est le critère médical et l’autre qui est le travail. Et le travail est conditionné par la motivation. Si on est motivé, on travaille et si on travaille on réussit.

Avec un peu de recul, comment vois-tu ton parcours ?

Si je compare avec mes amis, je suis très heureux de ma vie. Quand on rentre dans l’armée de l’Air et de l’Espace, on y rentre avec une promo puis on avance avec un groupe. Et ce groupe perdure. Jamais personne n’est arrivé dans un escadron sans y connaître personne. On ne vit pas de grandes métropoles et chaque fois que je suis arrivé dans un escadron, dès le premier week-end j’étais invité. On ne laisse personne seul.

Et puis j’ai eu l’occasion de faire plein de choses très différentes du 2000N au Rafale en passant par l’Etat-Major. On découvre des métiers divers, tout en sachant qu’on sera accueilli avec une grande ouverture d’esprit. C’est une grande famille, nous sommes tous habillés pareil et payé de même. On peut alors se concentrer sur l’essentiel : les rapports humains.

Et on ne se pose pas la question du but et de la finalité. Nous avons tous un rôle, de l’état-major au mécanicien, au soutier qui fait le plein, jusqu’à la secrétaire qui rédige les ordres de mission. Nous sommes tous engagés dans la même mission. Et on sent emmené par un groupe vers un but commun.

Et notre dernière question : Pain au chocolat ou Chocolatine ?

Sans hésiter, pain au chocolat !

Merci à Athos 2 pour son temps et sa bonne humeur ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe Communication de la Patrouille de France pour l’organisation de cette rencontre.

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