LE TEMPS DES HÉLICES : L’ANNÉE DU PHÉNIX

Soyons honnête ! les dernières éditions du Temps des Hélices nous avaient laissé sur notre faim. Un sentiment d’inachevé, de tourner en rond. Une certaine lassitude commençait à s’installer.

Puis vint cette édition 2026 ! je n’hésiterai pas à qualifier cette édition comme l’année du Phénix. J’ai retrouvé ce qui fait la quintessence de ce meeting. Un savant mélange d’aviation populaire, d’incontournables et puis des moments magiques. Ces moments qui ne se produisent qu’à la Ferté. Ces moments qui, racontés plus tard, n’auront pas besoin de précision : c’était la Ferté 2026.

Les plus anciens se souviennent du Concorde entouré par la Patrouille de France, du passage du Mercure. Les spectateurs présents cette année sont repartis à coup sûr avec des étoiles dans les yeux.

Une matinée au statique

Mais commençons par le début. Le matin a été consacré à la visite du statique. C’est l’occasion d’approcher les avions qui voleront l’après-midi et d’admirer quelques pièces de collection qui resteront sur le plancher des vaches. C’était notamment le cas de la star de l’affiche 2026, le De Havilland DH89 Dragon Rapide (Dominie de son vrai nom). Cet appareil (F-AZCA) porte les couleurs de l’escadrille de la base aéronavale de Culdrose (RNAS Culdrose Station Flight), en Cornouailles, durant les années 1961 et 1962. Il était utilisé pour des missions de liaison, de communications et de transport général. L’avion est magnifique et nous avons hâte de le voir retrouver les cieux.

Sur le statique, les avions du Mémorial Flight figuraient en bonne place mais seul le Royal Aircraft Factory B.E.2 (F-AZZN) prendra part au show de l’après-midi. Un des plus appréciables de ce statique est la présence de nombreux reconstituants. En costume d’époque, ils se prêtent au jeu des photographes. Cela permet de sortir de l’habituelle photo de statique, certes fort appréciable pour le spotter compulsif, mais qui manque dramatiquement de créativité. Un regret sur ce statique, ce fut de ne pas retrouver le Corsair F4U-5N des Casques de Cuir ou le Spitfire Mk XIV RM927 de W Air Collection au grand jour. Ils étaient restés blottis au fond du hangar.

Que le spectacle commence

Un fois finie la visite du statique, il était temps de se mettre en place pour le spectacle. Heureux présage, l’équipe Phénix des Ambassadeurs parachutistes de l’armée de l’Air et de l’Espace (APAAE) marque l’ouverture du spectacle. Comme un rituel bien huilé, le bal des présentationsen vol est ouvert par le Blériot XI (F-AZPG) et le Morane-Saulnier Type H (F-AZMS). le beau temps et le peu de vent leur ont permis de prendre leur envol pour notre plus grand plaisir. Puis ce sera le temps des as, avec l’évocation du grand conflit de 14-18. Cette année, moins d’avions en vol, seulement un Fokker DRI (F-AYDR) et un Royal Aircraft Factory S.E.5a (F-AZCY). Personnellement, j’aurais même tendance à préférer cette versions que le mélange avec des Boeing Stearman. Le Royal Aircraft Factory B.E.2 (F-AZZN) viendra compléter le tableau. Et déjà, le voir en vol est un grand moment de plaisir.

L’aviation française à l’honneur

Les années d’après guerre (ou d’avant la prochaine) seront évoquées par les acrobaties d’un Morane-Saulnier 317 (F-BCNL) et un Salmson D7 Cricri (F-AZAB). Puis viendra une des premiers moments importants de ce meeting. Certes, il ne font pas beaucoup de bruit. A eux 3, ils cumulent moins de puissance que le moindre chasseur de la seconde guerre mondiale. Et pourtant, ils sont les symboles de la renaissance de l’industrie aéronautique française au sortir de la seconde guerre mondiale. Je veux bien sûr parler du tableau qui aura vu voler en patrouille un Nord 1101 Ramier (F-GMCY), un Nord 3202 (F-AZIY) et un Nord 3400 Norbarbe (F-AZFM). Ces avions sont rares en meeting et les voir voler ainsi en patrouille l’est encore plus.

Faucheurs de marguerites et barnstormers

le tableau suivant nous replongera dans le monde des faucheurs de marguerites, des barnstormers. Il évoque avec brio l’aviation populaire des années folles où des pilotes, le dimanche, amusaient la galerie pour quelques billets. La Turbulent Team, venue d’Angleterre, fera le show. Un vent de fraicheur soufflait sur le plateau de Cerny tandis qu’ils éclataient des ballons ou lançaient des sacs de farine. Puis, viendra celle qui, année après année, m’impressionne toujours autant, Danielle Del Buono dans son numéro de wingwalker. Puisque on parlait de phénix, une patrouille d’Epsilon TB30 fera revivre les fameuses « Cartouche Dorée ».

Les warbirds entrent dans la danse

Puis viendra le moment que beaucoup d’aficionados attendaient. Les warbirds entraient enfin en scène ! Le Morane-Saulnier MS406 HB-RCF (un D3801 pour les puristes) prenait l’air. Cet avion exceptionnel, seul modèle encore en vol, est aux couleurs du MS 405 C.1 piloté par Constantin Rozanoff. Ce fut enfin l’évocation du front de l’Est avec la fameuse Tante Ju (F-AZJU) et un Fieseler 156 Storch (F-AZRA ).

La star du meeting fait son entrée

Mais celui qui leur vola la vedette, c’est bien entendu le Me 109 E-4 (D-FEML). Tant attendu et regretté l’année dernière, il n’a pas fait défaut cette année. J’ai bonne conscience à dire que cet avion valait à lui seul le déplacement. C’est la première fois en France que l’on pouvait admirer un Me 109 modèle E en vol avec son moteur d’origine, un DB601.

Il sera rejoint en vol par son ennemi juré, un Spitfire Mk IX immatriculé LZ842. Il n’y a bien qu’à la Ferté que l’on peut voir ce tableau.

L’Avro enfin en vol

Pour compléter ces moments rares, le seul Avro Anson (OO-ANS) encore en état de vol prendra son envol. Annoncé en 2025 à Air Legend à Melun, il était arrivé trop tard le samedi pour faire sa démonstration et il était reparti pour l’Angleterre aux aurores le dimanche matin. Autrement dit, nous étions impatients de le voir pour sa présentation en vol. Sa démonstration fut superbe le samedi, vraiment proche du public. Il prendra un peu de recul le dimanche…

Et comme si cela ne suffisait pas, le Tora Tora , ballet de T-6, a réuni cette année 13 T-6. Les effets pyrotechniques donne toujours un relief certain à ce tableau. Même si je regrette l’absence du P-40…

Une surprise de taille

Mais les organisateurs ne sont pas arrêtés en si bon chemin. L’annonce aux derniers jours de la présence d’un Caudron C.460 Rafale sur le meeting augurait de belles photos. Surprise le samedi matin, sur le statique, point de ce bel avion. Une point de déception se profilait à l’horizon. Et là, un ascenseur émotionnel! Non seulement le Caudron C.460 était là, mais il était en vol! Et cerise sur le gâteau, les organisateurs nous ont offerts un vol en patrouille serrée entre deux rafales que près de 80 ans séparaient.

Le RSD (Rafale Solo Display), avec le capitaine Rocky, pilote démonstrateur pour les saisons 2026-2027 aux commandes, nous déroule le nouveau ruban. Il est coaché par le capitaine Mimouss, pilote démonstrateur des saisons 2024 et 2025.

Puis la Patrouille de France a présenté son programme beau temps. Les plus attentifs auront remarqué les dérives décorées aux couleurs de la mission «Liberté 250» pour leur voyage aux USA du 8 juin au 4 juillet 2026. La meeting de la Ferté était un des premiers meetings de PAF. A ce titre, leur présentation était d’une grande qualité et d’une grande précision avec de belles nouveautés. Cela est prometteur pour le reste de la saison.

De biens belles machines

Puis ce sera le moment de l’aviation commerciale avec la présentation en vol d’un ATR-72. C’est un des points forts de ce meeting : la capacité de faire voler, dans la même journée, un Blériot XI, un warbird et un avion de ligne. Ce sera ensuite le tableau Vietnam avec les T-28 Trojan et l’OV-10 Bronco (F-AZKM).

Le meeting touche enfin à sa fin avec le Balbo. Une vingtaine de biplans prendront l’air pour le défilé final. Stampe, Bucker, Stearman et Pitts défileront sous nos yeux pour notre plus grand plaisir. Bien entendu, pour les plus âgés d’entre nous, ce Balbo évoquait le mythique Balbo du Flying Legends de Duxford. Cet hommage à l’un des plus grands meetings européens est la preuve de la renaissance du meeting de la Ferté.

2026, un grand cru prometteur pour l’avenir

Vous l’aurez compris, le millésime 2026 fut de grande qualité. Des tableaux variés, des avions uniques, un rythme cadencé ont fait de ce meeting un grand moment. Et si, demain, vous entendez sur le bord d’une piste « j’ai vu volé un ME 109 E avec un Spitfire » ou « j’ai vu volé un Caudron Rafale avec un Rafale », ne vous posez pas de questions, c’était à la Ferté en 2026.

Pour finir, je voudrais remercier les organisateurs. Vous avez pris des risques, mais cela en valait la peine. C’était mes 40 ans de Ferté Alais. Et je peux le dire, il restera dans mon top 5 ! Alors, au vu de la qualité de cette année, vous avez placé la barre haut pour le millésime 2027 mais je suis confiant dans votre capacité à relever le défi et de nouveau faire briller les yeux de 30.000 à 40.000 personnes le temps d’un week-end hors du temps