Il est des rendez-vous qui ne ressemblent à aucun autre. Chaque début d’été, l’aérodrome de Paray-le-Monial change de visage pour accueillir l’un des plus grands rassemblements français consacrés aux avions à train classique. Une manifestation devenue incontournable pour tous ceux qui cultivent le plaisir du pilotage « à l’ancienne », où la maîtrise de la machine compte autant que le plaisir de partager une passion commune.


Au fil des éditions, le Traîne-Queue s’est imposé comme un événement à part dans le paysage aéronautique français. Organisé sur la plateforme bourguignonne de Paray-le-Monial, il attire des pilotes venus de toute la France, mais aussi de plusieurs pays voisins, réunis autour d’une même philosophie : celle du train classique. Une architecture qui demande davantage d’attention au roulage, au décollage comme à l’atterrissage, mais qui reste, pour beaucoup, synonyme d’élégance, d’authenticité et de véritable plaisir de pilotage.


L’édition 2026 n’a pas dérogé à la règle. Plus de 150 appareils ont rejoint la fête au cours du week-end, avec un pic de plus de 130 machines présentes simultanément sur le terrain, offrant un spectacle devenu rare sous nos latitudes.

Les amateurs de construction française pouvaient admirer une impressionnante réunion de Jodel, depuis le minuscule Bébé jusqu’au majestueux Sicile, illustrant à eux seuls toute l’évolution des créations d’Edouard Joly et Jean Délémontez. À leurs côtés, les différentes générations de Vans confirmaient une nouvelle fois l’attrait grandissant de ces machines performantes, elles aussi largement déclinées en version à train classique.


Les warbirds et avions d’entraînement étaient également à l’honneur. Plusieurs Boeing Stearman, un élégant et rare Ryan PT-22 ainsi que de nombreux Piper Cub et L-4 rappelaient les grandes heures de l’aviation des années 1940. Les Stampe, en version certifiée comme en ULM, formaient eux aussi un groupe particulièrement fourni, confirmant l’engouement dont bénéficie toujours ce biplan emblématique auprès des pilotes français.


Les amateurs de voltige trouvaient également leur bonheur avec plusieurs Pitts, ainsi qu’un Yak-52TD à train classique, unique exemplaire de ce type en France. Plus imposant encore, un North American T-6 relevait avec succès le défi que représente une arrivée sur les quelque 600 mètres de piste de Paray-le-Monial. Un exercice qui demande une précision toute particulière, notamment lorsque les atterrissages s’effectuent en QFU descendant.



Cette année encore, la météo aura largement contribué au succès du rassemblement. Le soleil n’a pratiquement jamais quitté le ciel, offrant des conditions idéales pour les vols… mais aussi des températures particulièrement élevées. La chaleur caniculaire n’a pourtant pas entamé la bonne humeur des équipages, certains ayant même apporté des piscines gonflables improvisées sur le parking avions, rapidement devenues le lieu de rafraîchissement le plus fréquenté du week-end.

Comme le veut désormais la tradition, les festivités se sont poursuivies samedi soir autour du dîner organisé sous le grand hangar de l’aérodrome. Dans une ambiance particulièrement conviviale, pilotes, mécaniciens et passionnés ont prolongé les discussions jusqu’à une heure avancée de la soirée, échangeant anecdotes de vol, conseils techniques et projets pour les prochains rassemblements.


Au fil des éditions, le Traîne-Queue s’affirme un peu plus comme le petit Oshkosh français. Toutes proportions gardées, on y retrouve ce qui fait le charme du célèbre rassemblement américain : une incroyable variété de machines, des parkings d’avions à perte de vue, des pilotes venus avant tout pour voler et partager leur passion, et cette impression permanente qu’il y a toujours un nouvel appareil à découvrir au détour d’une rangée. Il ne manquerait finalement qu’une zone hydravions et une box de démonstration de voltige au-dessus du terrain pour que la comparaison soit presque parfaite. Un dernier point qui reste toutefois difficilement envisageable, la proximité des espaces aériens de Saint-Yan limitant fortement les possibilités d’évolution dans ce secteur.

Au-delà de la diversité exceptionnelle des machines présentes, c’est sans doute cette atmosphère qui fait le succès du Traîne-Queue. À Paray-le-Monial, les générations se mélangent, les propriétaires de warbirds discutent avec les pilotes d’ULM, les constructeurs amateurs côtoient les restaurateurs d’avions historiques, tous réunis par une même passion pour ces machines dont la roulette de queue continue, plus que jamais, de faire rêver.